HISTOIRE FRANCO-SERBE                  Dernière révision : août 06

 

 

DES ENFANTS SERBES EN FRANCE PENDANT LA PREMIERE GUERRE MONDIALE :

 

 

LE LYCEE DE BEAULIEU-SUR-MER (A.M)

 

 

La deuxième offensive autrichienne contre la Serbie fin 1915 conduisit à la défaite de l’armée serbe , et à une retraite faite dans des conditions terribles en hiver à travers l’Albanie vers Corfou , et une autre partie se faisant vers Salonique . Dans cette retraite, se trouvaient des combattants de tout age, mais aussi des jeunes gens : élèves, âgés parfois de 10 ans et moins, des  lycéens et étudiants. Une grande partie décéda d’ailleurs dans cette tourmente.

 

Evacués de Corfou et Salonique par différents bateaux : français, britanniques et italiens, fin 1915 et début 1916,  en partie sous l’égide de la Croix Rouge, une partie arriva à Brindisi et de là partit par train à travers l’Italie vers Modane puis Aix les Bains ; d’où ensuite, par petits groupes de 10 à 25 élèves, ils furent dispersés dans différentes écoles en France. Une autre partie débarqua aux îles du Frioul (Marseille), puis envoyée à Bastia. Enfin un troisième groupe (140) fut envoyé en Algérie et comme les précédents, y commença sa scolarité .Ainsi, en avril 1916, tous les élèves de moins de 18 ans étaient dans des lycées et des écoles françaises.Il y avait aussi, pour les étudiants déjà enrôlés en mai 1916 un bataillon universitaire serbe.En tout, en Juin 1916, il y avait environ 2000 élèves dans les écoles françaises, et environ 300 en Angleterre. Plus tard, un grand nombre d’écoliers réfugiés provisoirement en Grèce , Italie, Suisse , et aussi fuyant la Révolution russe , vinrent également en France ; ce qui porta le nombre total d’élèves à 3500 environ.

 

C’est ainsi que des élèves furent envoyés la première année  à Aix en Provence , Voreppe(Grenoble) , Mont-Dauphin ( Hautes Alpes ) , Jausiers ( Basses Alpes ) , Viriville (Isère ) et Saint Laurent du Pont (Isère), Charlieu, … ; en tout dans 73 écoles de la métropole et des écoles d’Algérie et de Corse (1916-1917).

 

Bien que les élèves aient été très bien accueillis en France – ils avaient tous par exemple des « marraines «  - le gouvernement serbe en exil à Corfou  pensa nécessaire de regrouper au moins partiellement les élèves , de manière notamment à pouvoir leur donner un enseignement en serbe. C’est ainsi que fut créé le Lycée serbe de Beaulieu/Saint Jean Cap Ferrat, à partir notamment des élèves se trouvant déjà dans la région, au lycée de Nice et au collège municipal de Cannes ; il était surtout destiné a recevoir les élèves des écoles d’instituteurs et d’institutrices, d’écoles techniques, des cadets de Kragujevac, des élèves ayant eu des problèmes d’adaptation dans les écoles françaises, .Dès le début, il y eut ainsi jusqu’à 700 élèves.

 

Les garçons , ayant terminé les 4 premières classes de lycée ,étaient principalement logés à l’hôtel Panorama à Beaulieu ( existant encore de nos jours , à l’entrée de Saint Jean , coté est ), les filles à la villa Mathilde ( à Saint Jean coté est ) et enfin l’hôtel Victoria à Beaulieu pour les écoles d’instituteurs .En tout,  furent ainsi formées 13 classes (550 garçons, 50 filles , tous internes et boursiers) .Seuls 20 élèves, monténégrins ,étaient externes .Les cours commencèrent mi octobre 1917 ,avec des enseignants uniquement serbes pour toutes les matières : serbe,français,latin, géographie,histoire, biologie, physique, chimie, mathématiques ,.chant choral et gymnastique. Le taux de réussite aux examens semble avoir été excellent, d’après le Ministère serbe de l’Instruction. 

 

La vie était bien sur spartiate (temps de guerre pour tous) ; mais des distractions furent organisées : ainsi un chœur et un orchestre furent formés .Les fêtes serbes étaient célébrées, celle de Saint Sava particulièrement, souvent en présence d’officiels français et serbes.

 

Un journal fut même édité à partir du 20.10.1918, intitulé : » Journal officiel «, puis peu de temps après « Satir ».Le sport n’était pas absent : football, aviron, natation,….ce qui conduisait les lycéens à rencontrer des clubs français locaux et même à y devenir joueurs parfois.

 

La situation sanitaire fut bonne en général, malgré ce qui avait été enduré pendant la retraite d’Albanie ; mais quelques décès furent  à déplorer, notamment au sanatorium de Menton.

 

Le lycée ferma en avril 1919, au départ en  train de tous les élèves (16 avril), vers la Serbie

 

Tous les acteurs que nous avons rencontrés, directement ou indirectement (témoignages des enfants), avaient bien sur gardé un souvenir inoubliable (et très reconnaissant à la France) de ce morceau de jeunesse passé sur la Cote d’Azur, après bien des épreuves.

 

 

Références bibliographiques :

                                               

                                « La Patrie Serbe «, bulletin mensuel de liaison destiné surtout à la jeunesse serbe en exil (du 20.12.1916 au 1.12.1918) ; 2 tomes

 

                                « Seæanje na Bolije « (Souvenir de Beaulieu A.M) de Bojin M. Ðorðeviæ et Milan Stojanoviæ, 1930 .Il comporte la liste de tous les élèves présents à Beaulieu/Saint Jean Cap Ferrat.

 

                                  Archives de Serbie -Ministère de l’Education à Corfou (1916 -1920)-  Ref : A/34-KRF

 

                                 « Amitiés franco-yougoslave »de M.B.Miloševiæ ,1969 Belgrade

 

                                                 

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